Le samedi 27 octobre 2018, à 15 h, le Musée Guimet propose dans son auditorium la projection du documentaire de Christian Frei « Les Bouddhas géants », suivie d’un table-ronde sur le thème : « Les artistes et l’histoire ». Réalisé deux ans après la destruction, par les Talibans, des deux statues monumentales de la vallée de Bamiyan, en Afghanistan, ce documentaire est moins l’histoire de cette destruction – qui est néamoins présentée… – que son impact sur les hommes et les femmes. Pour tenter de saisir la charge symbolique liée à ces géants de pierre, Christian Frei s’engage dans son enquête comme dans un voyage initiatique et suit des pistes qui l’emmènent aux quatre coins du monde : à Bamiyan, bien sûr, mais aussi dans un monastère bouddhiste en Chine, dans un laboratoire de recherche en Suisse, au siège de l’Unesco à Paris, dans les locaux d’Al-Jazeera au Qatar.

Note d’intention de Christian Frei
« Je considère mon film comme un hymne au pluralisme des opinions, des religions et des cultures. Personne ne doit imposer homogénéité et standardisation au reste du monde, ni les Talibans, ni les Etats-Unis. Le détachement avec lequel je raconte l’iconoclastie fanatique des Talibans est aussi mon message politique. Certes, décapiter une statue inoffensive et la détruire entièrement est une preuve d’ignorance. Mais la réaction à cette ignorance, par contre, se doit d’être toute autre qu’ignorante.
Le tournage du film a commencé en mars 2003, deux semaines avant le début des hostilités en Irak. Mon caméraman Peter Indergand et moi sommes parvenus à interviewer Taysir Alony, journaliste vedette d' »Al Jazeera ». Il avait été le seul représentant de la presse à pouvoir filmer le dynamitage des Bouddhas. Je savais qu’il avait d’excellents contacts avec le centre du réseau d’Al Qaïda et Osama Ben Laden. Ce qui ne m’a pas empêché d’être choqué quand j’ai appris que Taysir s’était fait arrêter en Espagne quelques semaines après la fin du tournage. Le procureur lui reproche d’avoir régulièrement téléphoné avec les terroristes et de leur avoir donné son soutien.
La destruction des deux Bouddhas Géants dans la lointaine vallée de Bamyian ouvrait la voie. Six mois plus tard, la cible était les Twins Towers à New York. Cela dit, « Les Bouddhas Géants » n’est pas un film sur le terrorisme, mais bien plutôt une réflexion sur l’éphémère en soi, un film sur la perte d’identité culturelle, sur la quête de la vérité, de la beauté, et du pluralisme. Mon projet était tout simplement de partir d’un événement qui a ébranlé le monde pour faire un voyage cinématographique.
Un voyage sur la ligne sinueuse qui sépare les hommes et les cultures, comme elle les rapproche. »
Pendant un millénaire et demi, les deux gigantesques statues de Buddha nichées dans le roc ont dominé la vallée isolée de Bamiyan dans l’actuel Afghanistan.
La plus petite des deux statues, appelée par les habitants de la vallée « Shamana » (reine mère) et haute de 35 mètres, a été taillée dans la roche friable d’une falaise de plus d’un kilomètre de long. Colorée de bleu et vraisemblablement parée d’un masque doré sur le visage, elle devait représenter le Buddha Śākyamuni.
C’est une cinquantaine d’années plus tard que fut édifiée la plus grande des deux statues, le Bouddha « Salsal » (« la lumière éclaire l’Univers », en fait le Buddha Dīpaṃkara, le « faiseur de lumière »). Avec ses 55 mètres de haut, elle était la plus grande statue de Buddha au monde.
Aujourd’hui, les habitants de cette vallée sont fiers de leur passé pré-islamique. Ils évoquent l’époque où des milliers de caravanes passaient par Bamiyan, devenue grand centre commercial et l’accès prioritaire à la route de la soie qui relie l’Asie centrale à l’Inde. Les statues de Buddha, ainsi qu’un dédale d’escaliers, de niches, de balcons, de salles de réunions, d’autels en forme de coupoles et de grottes habitables taillés dans la roche entre les deux statues, doivent leur existence à cette prospérité.
Des siècles durant, les bouddhistes croyants ont considéré la vallée de Bamiyan, située au cœur du Hindou Koush, comme un des lieux de pèlerinage les plus importants et les plus représentatifs de leur religion, véritable centre mondial du bouddhisme et creuset des cultures. Mais au printemps 2001, un édit proclamé par le chef des Talibans, Mullah Omar, conduit à la destruction des deux statues. A l’échelle mondiale, c’est l’indignation générale.
La mise à sac du patrimoine afghan, la folie religieuse des guerriers d’Allah et ses conséquences désastreuses pour les hommes en Afghanistan n’avaient guère éveillé l’intérêt public. Alors que là, l’UNESCO s’empresse d’envoyer un émissaire spécial à Kaboul, le Metropolitan Museum of Art à New York offre d’acheter les statues et de les emmurer. Peine perdue…
Début mars 2001, les deux statues de Buddha de Bamiyan s’effondrent sous les effets d’une explosion dirigée par des spécialistes de l’organisation terroriste Al-Qaïda.
samedi 27 octobre 2018 – à partir de 15 h
Auditorium du Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6 place d’Iéna 75116 Paris
Prix d’entrée : 5 €
La projection sera suivie d’une Table ronde : « Les artistes face à l’histoire »
En 2017, de nombreux artistes se rassemblent à l’Institut Français de Kaboul. Invités à séjourner quelques jours à Bamiyan, leurs créations sont autant de témoignages et de restitutions de leur ressenti face à l’art en péril, face à l’histoire. Une table ronde leur propose de revenir sur cet instant créatif et sur les enjeux de l’art et de la mémoire.
En présence de S.E. Jean-Michel Marlaud, ancien ambassadeur de France en Afghanistan (2013-2016), Sepideh Farsi, cinéaste, Ferrante Ferranti, photographe, et Sonia Kronlund, documentariste et productrice à France Culture