Le Musée du Petit Palais, à Paris, propose jusqu’au 14 octobre 2018, une exposition exceptionnelle présentant l’œuvre majeure de l’artiste japonais Ito Jakuchū (1716-1800). Ce trésor des collections impériales du Japon, présenté aujourd’hui pour la première fois en Europe, est un ensemble de trente rouleaux intitulé Images du royaume coloré des êtres vivants (Dōshoku sai-e). Cette œuvre, en tous points exceptionnelle, n’a quitté le Japon qu’une seule fois, en avril 2012, pour être présentée à la National Gallery de Washington. Elle n’est montrée aujourd’hui qu’à Paris, accompagnée par la triade bouddhique du temple Shôkoku-ji, et pour une durée d’un mois en raison de sa fragilité.
Figure singulière, peintre talentueux et prolifique de la période d’Edo, Ito Jakuchū, originaire de Kyōto, est connu comme l’un des artistes excentriques, qui ne se lia à aucun mouvement artistique en particulier et créa un style tout à fait personnel. Né dans une famille de marchands de légumes depuis trois générations, contraint à assumer ses obligations filiales en reprenant le commerce familial, il attendit l’âge de quarante ans avant de pouvoir s’adonner enfin entièrement à la peinture. Les Images du royaume coloré des êtres vivants, ensemble monumental de trente rouleaux de soie peinte, réalisé de 1758 à 1771, est l’un exemples les plus remarquables de la peinture japonaise du XVIIIe siècle.
Ces compositions d’une extraordinaire virtuosité, constituent une étude attentive et rigoureuse de la flore et de la faune observées sous tous leurs aspects, mais filtrées par l’imagination fertile de l’artiste. Fleurs, plantes, insectes, poissons et oiseaux sont reproduits d’une manière incroyablement minutieuse et dotés d’une vigueur qui capture le regard. La somptuosité de la gamme chromatique, ajoutée à la séduction immédiate opérée par ses effets sophistiqués, introduit à une méditation sur la nature, dans laquelle se lit l’influence du bouddhisme.
On pourra aussi admirer, à l’occasion de cette exposition, la « triade bouddhique » qu’Ito Jakuchū réalisa en 1765 pour le temple Shōkokuji de Kyōto. Ce tryptique représente le Buddha Sākyamuni entouré des deux bodhisattva Samantabhadra, assis sur un éléphant blanc, à sa droite, et Mañjuśrī, assis sur un lion bleu, à sa gauche.

Construit à partir de 1392 sur la volonté du shogun Ashikaga Yoshimitsu (1358-1408), le Shōkoku-ji est l’un des plus importants monastères zen du système des « Cinq montagnes et dix temples » (Gozan jissetsu), fondés aux XIIIe et XIVe siècles. Situé au cœur de Kyōto, au nord du palais impérial, il a sous sa dépendance deux temples illustres de la ville, le Rokuon-ji ou Pavillon d’or (Kinkaku-ji) et le Jishō-ji ou Pavillon d’argent (Ginkaku-ji). Son musée abrite une collection d’art exceptionnelle, dont plusieurs œuvres de Jakuchū, en lien avec la ville de Kyōto et la culture zen.
Le Shōkoku-ji constitue l’un des lieux religieux et spirituels auxquels Jakuchū fut le plus attaché en raison de sa profonde amitié avec le moine érudit Baisō Kenjō (1719-1801), mieux connu sous le nom de Daiten, qui fut le cent treizième abbé du monastère. Bien que plus jeune, Daiten fut pour le peintre non seulement un ami fidèle, mais aussi son mentor, et joua un rôle crucial dans son évolution personnelle et artistique. C’est sans doute à cause de cette amitié que Jakuchū offrit Le Royaume coloré des êtres vivants ainsi que la Triade de Śākyamuni au Shōkoku-ji, aspirant au repos éternel de son âme après sa mort, mais aussi afin de magnifier le temple.
Ouverture du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h et le samedi et dimanche jusqu’à 20h. Fermé les lundis.
Tarifs : entrée payante pour les expositions temporaires – Plein tarif : 11 euros / Tarif réduit : 9 euros / Gratuit jusqu’à 17 ans inclus
Source : dossier de presse du Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris